Oriol Camacho

« J’attends de l’Office Antifraude de Catalogne qu’elle applique réellement la loi. »

Type d’alerte : trucage des élections de la présidence de la Fédération catalane de football.

Pendant près de 30 ans, Oriol Camacho a consacré sa carrière à la Fédération catalane de football (FCF). Entré comme arbitre bénévole en 1998, il gravit progressivement les échelons de l’organisation jusqu’à être nommé secrétaire général, fonction qu’il occupe de 2017 à 2026. Sa carrière bascule en 2020 lorsque le président de la Fédération, Joan Soteras, nomme José Miguel Calle au poste, nouvellement créé, de directeur général. Cette décision conduit à la coexistence de deux fonctions exécutives au sein de l’organisation, une configuration qui interroge en interne. Rapidement, une partie des responsabilités exercées par Oriol Camacho est transférée au nouveau directeur général, dont les missions ne cessent ensuite de s’étendre.

En 2023, la police catalane ouvre une enquête sur de possibles irrégularités lors de l’élection à la présidence de la FCF, qui s’était tenue en mai 2022. À la suite de plusieurs recours, le Tribunal catalan du sport avait annulé ce premier scrutin et ordonné l’organisation d’une nouvelle élection. Celle-ci s’est déroulée en février 2023 et aboutit, une nouvelle fois, à la victoire de Joan Soteras. Quelques semaines plus tard, en avril 2023, plusieurs clubs, qui n’avaient pas participé au vote, déposent plainte. Ils affirment que leurs signatures ont été falsifiées sur des documents ensuite authentifiés par un notaire, permettant de voter en leur nom sans leur accord, afin d’influencer le résultat de l’élection.

Oriol Camacho, qui n’avait jusqu’alors pas connaissance de l’ampleur des faits, remet aux enquêteurs les informations qu’il avait recueillies dans le cadre de ses fonctions. Ces éléments élargissent les investigations à d’autres potentielles irrégularités qu’il avait identifiées, notamment des falsifications de procès-verbaux, des irrégularités administratives internes ainsi que des faits susceptibles de constituer un abus de confiance.

Craignant des représailles, Oriol Camacho se tourne alors vers l’Office Antifraude de Catalogne (AOC), auprès duquel il demande le statut de lanceur d’alerte. En mars 2024, l’OAC lui accorde officiellement cette certification et en informe la Fédération afin de prévenir toute mesure de représailles.

Quelques mois plus tard, la FCF présente un recours pour contester cette certification. L’OAC retire alors la protection accordée à Oriol Camacho, qui ne découvre la décision qu’a posteriori. À l’issue d’une nouvelle procédure, Oriol Camacho réussi à récupérer le statut de lanceur d’alerte. Mais en juillet 2025, l’OAC classe toutefois son dossier, estimant qu’« aucune autre mesure concrète de protection » ne pouvait être mise en œuvre, dès lors qu’il n’avait pas été licencié.

L’OAC considère par ailleurs qu’Oriol Camacho relève davantage du statut de témoin que de celui de lanceur d’alerte. Pourtant, la protection de témoin lui est également refusée. Une juridiction d’instruction estime en effet qu’il n’existe pas de « risque ou danger grave pour la vie ou l’intégrité physique du demandeur ».

Or, Oriol Camacho subit de nombreuses autres représailles. Il évoque notamment la suppression de ses accès informatiques, des campagnes de dénigrement organisées à son encontre, tant lors de réunions internes que dans les médias, ainsi que plusieurs recours engagés contre lui par la Fédération, qu’il qualifie de « procédures-bâillons », dont l’un devant le Tribunal catalan du sport. Ces procédures, auxquelles s’ajoutent les démarches judiciaires qu’il a dû lui-même engager pour faire valoir ses droits, lui auraient déjà coûté près de 50 000 euros en frais d’avocat. Il dénonce également des tentatives d’accès à son dossier confidentiel auprès de l’OAC, qui n’aboutiront pas.

«  Je me sens abandonné par l’OAC », confie-t-il.

Face à cette situation, Oriol Camacho demande la « prise d’acte de la rupture de son contrat de travail » (extinción por voluntad del trabajador). Pendant la durée de la procédure, au regard de la gravité des faits invoqués, le juge l’autorise à ne pas se présenter à son poste. Il prononce finalement la rupture du contrat aux torts de l’employeur, laquelle prend officiellement effet en février 2026. La Fédération accepte alors de lui verser 240 000 euros d’indemnisation.

Pour autant, cette issue ne met pas fin à ses difficultés. Oriol Camacho affirme que son état de santé s’est dégradé et qu’il a dû entreprendre un suivi psychologique, qu’il finance lui-même. Il explique également rencontrer de grandes difficultés à retrouver un emploi, malgré l’envoi de nombreux CV restés sans réponse : « J’ai commencé à chercher du travail, mais je me suis rapidement heurté à des difficultés. Lors des entretiens d’embauche, je ressens que cette situation constitue mon principal obstacle. »

Au-delà de son cas personnel, Oriol Camacho dénonce les limites du dispositif catalan de protection des lanceurs d’alerte. Il reproche à l’OAC de ne pas avoir assuré un accompagnement psychologique ou financier des personnes faisant l’objet de représailles, ni d’avoir sanctionné les mesures prises à son encontre. « J’attends de l’OAC qu’elle applique réellement la loi », conclut-il.

En savoir plus


    • El testigo clave contra la Federación Catalana de Futbol pide protección al juez del caso
      La Vanguardia, octobre 2026
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Oriol Camacho