Fabrice

Port-Cros : un modèle d’aire marine pas protégée !

Type d’alerte : infractions à la réglementation applicable à la pêche et à la chasse dans une aire marine protégée (AMP).

Le Parc national de Port-Cros est souvent présenté comme un modèle de protection de la biodiversité marine. Pourtant selon les informations révélées par Mediapart et Le Canard enchaîné, la direction du Parc aurait couvert, entre 2022 et 2024, des opérations portant préjudice aux espèces protégées de la zone. De manière répétée, les signalements d’un lanceur d’alerte ont été écartés, dans un parc où les règles de protection étaient déjà limitées. Pêche et chasse illégales, amarrages non autorisés, menaces… autant de faits qui auraient été rendus possibles par une forme de connivence entre certains responsables du Parc national et des représentants de la pêche professionnelle.

Fabrice est un garde-moniteur affecté depuis 2020 au Parc national de Port-Cros. Créé le 14 décembre 1963, ce parc est une aire marine protégée (AMP) qui répond à des objectifs de protection de la biodiversité. Souvent présenté comme un « sanctuaire », un « paradis » ou encore un modèle de réussite en matière de conservation, Port-Cros fait figure de référence. Son mode de gestion est régulièrement cité en exemple et inspire de nombreuses autres AMP, en France comme en Europe.

En tant que garde-moniteur, le métier de Fabrice ne se limite pas au suivi scientifique des espèces ou aux comptages. Assermenté en qualité d’inspecteur de l’environnement, Fabrice exerce également des missions de police. Il contrôle le respect de la réglementation, constate les infractions et rédige les procès-verbaux qui peuvent donner lieu à des poursuites.

À l’été 2022, une découverte va bouleverser son quotidien. Deux collègues, repèrent des poissons découpés dans une zone où la pêche est interdite. Ils réalisent une inspection en plongée qui révèle plusieurs raies dépecées au pied d’une bouée, à neuf ou dix mètres de profondeur, signe manifeste d’un amarrage, lui aussi prohibé dans cette partie du parc. Ils photographient les lieux et remontent les carcasses afin qu’une enquête puisse être ouverte.

Quelques jours plus tard, le directeur adjoint, adresse un courriel aux agents. Il explique avoir « obtenu les aveux du coupable », dont il révèle l’identité. Une semaine plus tard, Fabrice constate que le même pêcheur a passé une nouvelle nuit amarré illégalement sur la même bouée. Il dresse alors un procès-verbal constatant une infraction aux règles de navigation maritime. Le contrevenant le signe sur place, reconnaissant les faits.

C’est alors que les pressions commencent. Le directeur adjoint lui demande d’abord de se contenter d’un simple rappel à l’ordre. Face au refus de Fabrice, il lui demande, quelques semaines plus tard, de remplacer le procès-verbal par un simple timbre-amende pour « nourrissage de poissons », une infraction que ni Fabrice ni ses collègues n’ont constatée. Sur le plan juridique, cette manœuvre revient à convertir un délit en contravention : il s’agirait d’un faux en écriture publique par agent dépositaire de l’autorité publique. Fabrice refuse une nouvelle fois. On lui reproche alors de ne pas avoir « l’esprit parc », alors que les pressions s’intensifient. Finalement, un chef de secteur rédige lui-même le timbre-amende, qui est transmis au référent police du parc à la place du procès-verbal initial. Plus tard, Fabrice découvre que le pêcheur occupe un poste important au Syndicat national des pêcheurs artisans (SYNADEPA)…

Cet épisode n’est pourtant que le premier d’une série d’affaires dans lesquelles Fabrice se heurtera à des pressions, de plus en plus violentes. En août 2023, il découvre qu’un restaurant de l’île du Levant exhibe sur les réseaux sociaux un requin mako, une espèce protégée dont la pêche est interdite. Le lendemain, il procède à la saisie de l’animal et dresse un procès-verbal, signé par les contrevenants. A nouveau, il subit des pressions pour ne pas donner suite à la procédure, le pêcheur concerné étant également membre du Conseil économique, social et culture du Parc national.

Enfin, fin 2023, un chasseur est recruté pour réguler l’affluence des sangliers de Port-Cros alors même que l’ordre de chasse particulier (OCP), obligatoire pour encadrer cette opération, n’a pas encore été demandé à la préfecture. L’OCP ne sera délivré que plus d’un mois après le début des opérations de chasse et de piégeage. Malgré cette régularisation tardive, les opérations, qui se poursuivront jusqu’en mars 2024, demeurent illégales puisque le chasseur n’était ni assermenté (condition obligatoire pour manipuler les armes du parc) ni piégeur agréé au moment des faits. À plusieurs reprises, Fabrice alerte sa hiérarchie sur ces irrégularités. Face à l’absence de réponse de sa hiérarchie, il effectue un signalement sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale et saisit l’OFB. Il sollicite notamment l’ouverture d’une enquête administrative, en y indiquant subir des pressions internes. Le syndicat SNAPE-FO soutient Fabrice et saisit, à son tour, l’OFB et le ministère de la Transition écologique.

Plusieurs collègues de Fabrice témoigneront des pressions et du harcèlement qu’il a subi, évoquant une volonté manifeste de la part du directeur adjoint de le faire « craquer » afin de le pousser à quitter son poste. Certains d’entre eux saisiront même l’inspection du travail. Dans l’un de ces témoignages, Fabrice aurait été désigné par la direction comme « la cause de tous les problèmes ». Ce climat délétère aurait conduit plusieurs agents à quitter le parc ou à être placés en arrêt maladie.

En juillet 2024, Fabrice découvre un nœud coulant sur son bureau. Il effectue immédiatement un signalement auprès de sa direction. En août 2024, celle-ci décide de l’éloigner de son poste, contre son gré, dans le cadre d’une mesure présentée comme relevant de la protection fonctionnelle. Néanmoins, cette mesure s’apparente davantage à une sanction déguisée qu’à une protection : alors qu’il a toujours exercé un métier de police de terrain, ses responsabilités lui sont retirées, il perd son logement de fonction et se retrouve relégué dans un bureau avec des missions d’archivage documentaire. Dans ses nouvelles fonctions, il est victime d’un malaise qui nécessite une prise en charge aux urgences. Depuis, il est en arrêt de travail.

Reconnu lanceur d’alerte par notre association et par le collège référent déontologue du ministère de l’environnement, Fabrice attend toujours les conclusions des procédures engagées et les suites que l’Office français de la biodiversité (OFB), dont il dépend administrativement, entend donner à ses signalements. À ce jour, il demeure privé de toute protection effective, alors même que les conséquences de son signalement continuent de peser sur sa vie professionnelle et personnelle. Pourtant, il n’a fait que remplir les missions de son poste de garde-moniteur : constater des infractions et contribuer à la protection de la biodiversité. À travers ses signalements, c’est un patrimoine naturel et culturel commun, appartenant à l’ensemble des Français·es et, plus largement, à l’Humanité ainsi qu’aux générations futures, qu’il s’efforçait de préserver.

En savoir plus

    • Port-Cros, un parc national en eaux troubles, Mediapart, août 2026.
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      Avis de tempête sur le parc marin de Port-Cros,Le Canard enchaîné, décembre 2025.
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