Que risque-t-on lorsqu’on ose dénoncer un système puissant permettant le détournement potentiel de milliards d’euros ? La lanceuse d’alerte Houria Aouimeur en sait quelque chose. Dans un documentaire diffusé ce mercredi 25 février à 22h30 sur Arte, les réalisateur·trices Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade lui donnent la parole.
Houria Aouimeur est nommée directrice générale de l’AGS, le régime de garantie des salaires, fin 2018. Financé par les cotisations patronales, ce dispositif avance les salaires des travailleurs dont l’entreprise fait l’objet d’une procédure de liquidation ou de redressement judiciaire. Il remplit ainsi une mission de service public, en jouant un rôle d’« amortisseur social ».
C’est précisément cette dimension sociale qui a motivé Houria Aouimeur à accepter ce poste. Mais à peine arrivée à la tête de l’institution, elle y découvre un système opaque permettant le détournement potentiel de plusieurs milliards d’euros d’argent public. Dès 2019, deux plaintes sont déposées à son initiative, notamment pour des soupçons d’abus de confiance, de corruption active et passive, et de prise illégale d’intérêt.
On ne me bâillonnera pas.
— Houria Aouimeur
Depuis, sa vie tourne au véritable cauchemar : intrusions à son domicile, piratage de ses courriels, actes de filature, menaces… Les pressions se multiplient jusqu’à son licenciement pour « faute lourde». « Je suis venue déranger un système bien rodé. J’ai été harcelée, persécutée, jusqu’à mon licenciement. Un licenciement dont la brutalité n’aura d’égal que le danger que je représente pour ceux dont j’ai dénoncé les pratiques. », confie Houria Aouimeur dans le film.
Pourtant, celle que l’on cherche à briser depuis des années tient encore debout. Et surtout, elle ne se tait pas. C’est cette résilience que le documentaire « Qui veut la peau de la lanceuse d’alerte ? » vient capturer avec une très grande justesse.
Tournée dans une usine délabrée, métaphore d’un monde ouvrier privé de ce qui lui est dû, cette réalisation nous plonge au cœur de l’un des plus grands scandales financiers français, trop longtemps passé sous silence. Pour la première fois, des témoins clés parlent devant une caméra, parmi lesquels Serge Petiot, ancien président de l’AGS et Ouria Mounnah, ancienne cheffe de cabinet et reconnue comme facilitatrice par notre association et le Défenseur des droits. L’association Anticor et la Maison des Lanceurs d’Alerte, qui accompagnent Houria Aouimeur dans ses procédures judiciaires, apportent également leur éclairage sur les rouages de cette affaire. Enfin, le film donne la parole à la famille d’Houria Aouimeur, frappée elle aussi par les conséquences de son combat, mais dont l’unité demeure inébranlable.
Rendez-vous ce soir à 22h30 sur Arte.
Visionner le documentaire ici
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